Que lire avec moi

Les empilés sur ma table de nuit le 22 octobre 2008 :

Thomas Pynchon : Mason & Dixon, Points-Seuil Octobre 2008 ,9-782757-806753, 937p, 15€. Acheté après que France Culture a parlé de Pynchon, ce pavé  émaillé de majuscules, de phrases qui ne se terminent pas, de poèmes et de chansons, fonctionne comme une veillée infinie au cours de laquelle seraient contées à quelques parents par un oncle de passage, avec fantaisie et forces parenthèses, les aventures de deux savants, depuis l’Angleterre, en 1763, en pleine guerre franco-anglaise, mandatés pour tracer une frontière rectiligne entre le Maryland et la Pennsylvanie.

 

Jacqueline de Romilly, Dans le jardin des mots, Le livre de poche, 339p, 6€50. Il y a quelque chose de raté dans ce petit livre, qui serait tout à fait intéressant pour un jeune (14-18) si l’écriture n’était pas celle d’une vieille dame, qui pour intelligente et cultivée qu’elle est, n’en  a pas moins choisi un style suranné. Collation de ses articles pour Santé Magazine, elle aurait pu les réécrire, et par exemple supprimer les redites qui d’article en article rabâchent son amour pour la langue, ses hauts-le-coeur… Mais entre les mains d’un bon professeur c’est un outil intéressant.

Christiane Veschambre, Robert & Joséphine. Cheyne éditeur 2008. 978-2-84116-136-2, 107 pages, 15€50. Comment écrire un roman comme un poème ? Vous me direz avec des mots, des phrase, des chapitres. Les chapitres, l’auteur les intitule, toutes les deux pages, chronologiquement; les phrases elle les scandent;   les mots elle les place parcimonieusement. Ce qui fait un délicat roman qui traite de la tendresse, de la guerre, de l’autre, de l’usine, des plaisirs les plus simples, des enfants et de la mort. Par exemple :

Joséphine s’énerve/avec le poulet à cuire/rien ne va/on ne sait pas quoi/rien/s’exaspère/Joséphine appuie/l’archet de sa crainte/sur les nerfs de Robert

Mais toujours comme dans un roman, on ne peut pas isoler un passage, puisque c’est leur enchainement qui crée la tension, ménageant les effets et nous emmenant au bout. Il faut donc le lire pour l’aimer. Ou aller l’écouter lu par Sabine Bourgois, ou le voir à la Scène Nationale Évreux Louviers

Clément Rosset, l’Ecole du réel, les Editions de Minuit collection Paradoxe, 470 pages, 9-782707-320193; 29€. A celui-ci vous accorderez du temps et même vous le redoublerez parfois. L’auteur, un de nos philosophes les moins médiatiques, procède de même. Il ne fait pas tout à fait sa Pénélope car un passage n’efface pas le précédent, mais il y revient sur ce thème du réel et de l’illusion. Il le traque dans la littérature, la BD,  la musique, le cinéma, dans l’art. Il le soumet à d’innombrables filtres, le propose à Nietzsche, à Trackl, à Heidegger, etc. , leur demandant chaque fois de sa voix insistante : Qui suis-je si je ne suis pas mon double ? Pour le lecteur c’est comme grimper le Mont Analogue, c’est comme l’Anapurna, quand on n’a plus de souffle on pose sa tente et on campe jusqu’à ce que ça revienne. Et rien ne peut nous faire prendre conscience de la réalité comme l’escalade d’un sommet.

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