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Archive pour janvier 2009

Réponse

Dimanche 25 janvier 2009

Un très éminent lecteur du blog, scientifique et écrivain,  a donné la réponse le 24 à 10h22 : Jean-Jacques Rousseau dans le Discours sur les sciences et les arts. Il a droit à mon admiration car j’avais bien  entendu oublié ce Discours, pour autant que je l’eusse lu en entier, avant de le trouver dans un petit ouvrage Hachette, Extraits des philosophes du XVIII° siècle, par Lanson et Naves, (1933), Discours dont les collecteurs précisent qu’il doit être entendu au sens de Dissertation.

Livre de poche avant l’heure, c’est le genre d’ouvrage qu’un jeune soldat pouvait par exemple emporter dans son barda, comme mon oncle en 39 écrivait : « Je fais des efforts désespérés pour ne pas perdre, au milieu de cette cohue guerrière, le contact avec les choses de l’esprit et de la science. J’ai conservé malgré le peu de place dont je dispose dans mes sacs, le livre des « Etoiles » de Bruhat, l’« Atomistique » de Jean Thibaut et mon cours d’anglais. Dans un autre sac que je possède plus rarement j’ai aussi l’« Espace et le Temps » de Borel. Tu vois que malgré tout ton grand ne manque pas trop de nourritures intellectuelles et ceci c’est le principal. »

 

Des bienfaits de la mêlée

Vendredi 2 janvier 2009

Quand on oublie, pis quand on détourne les règles du rugby, on en fait un jeu de barbares. De même lorsqu’on garde par devers soi au lieu de le respecter cet objet dont la forme oblongue échappe aux stratégies et passe librement de main en main, créant à chaque échange plus d’énergie, et si la ruse intelligente qui exerce ses talents bénéficie de moyens techniques dont une seule des équipe possède la clé, alors la partie est faussée on le voit bien et le placage n’est plus destiné à seulement arrêter la course de l’adversaire quelques instants mais à le détruire définitivement. Cette métaphore vous donne une idée de ce qu’est devenu l’ordre mondial  que je me refuse de décrire comme uniquement capitaliste car plus que le système il semble que c’est l’humanité qui a oublié les bienfaits du jeu.
Que 2009 relance donc le match entre les pauvres et les riches, les pauvres mettant à contribution leur imagination et les riches contraints à accepter la trahison des techniques qu’ils ont mises au point pour jouer solitaires. Cependant l’année de tous les dangers est bien celle où l’humanité toute entière mise en ligne, le ballon est remis en jeu d’en face et seuls ceux qui, profitant de la force de leurs coéquipiers, comme soulevés de terre, sauront attraper au vol les chances de la survie, c’est à dire qu’on acceptera le renversement des pôles et même qu’on puisera dans ce danger extrême les ressources, sans doute fossiles elles-mêmes, nécessaires à reconstituer nos forces les plus vives.
Certes, on peut encore formuler des vœux de santé, de prospérité, mais que sont-ils face à la possibilité d’une extinction massive des espèces humaines, animales et végétales ? Comment être sain et sauf dans l’Arche si même le Mont Ararat s’est effondré ? Sur quel océan d’optimisme naviguer ?
Non vraiment, la leçon rugby est essentielle pour nous : toutes les valeurs qui sont à notre portée, les sentiments d’amour et de sympathie, les biens terrestres et spirituels ont vocation à passer librement de celui-ci à celui-là, et l’art et la conviction de l’un d’entre nous permet la sublimation de l’acte par le sacrifice lorsque se jetant à terre il dépose l’objet hors des limites, et la transformation lors du fameux coup de pied  qui suspend le temps, alors qu’il creuse de la pointe   faute d’y pouvoir appliquer la ruse de Christophe Colomb, et fait enfin voler entre les barres l’œuf qu’une foule assoiffée d’émotion propulse de son souffle, sorte de plume soudain si libre de choisir entre mille séquences celle qui lui semble la plus appropriée à l’accomplissement de son destin . Encore une fois, ce qui a été acquis par tant de courage ou de ruse est remis en jeu pour tous et tous en récupèrent les dividendes, oui, même ceux qui y ont apparemment perdu car ce n’est pas victoire des noirs sur les blancs ou l’inverse qui importe mais que le jeu existe, perdure, contribue à la cohésion des hommes au déchainement de leur joie, à l’acceptation de leur sacrifice.
On aura compris que le terrain dont je parle c’est celui de notre planète, et que le seul sacrifice concerne ce qui pourrait entrainer sa perte : mais le moins sera le plus si l’imagination des hommes veut bien prendre la relève de celle du vivant, en  intégrant l’esprit de métamorphose qui procède depuis toujours à l’émancipation des formes micro et macroscopiques non dans le but de les breveter mais de les relâcher dans la nature.
Je vous souhaite à vous que j’aime à tant de titres de voir en 2009 s’épanouir de nouvelles formes d’humanité et de ne tenir à ce qui vous semble indispensable que du bout des doigts en vous émerveillant de voir vous échapper l’objet de vos travaux ou de vos passions: regardez vos mains, elles en sont pailletées d’or pour toujours.