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Archive pour octobre 2009

ose oses ose osons osez osent

Jeudi 15 octobre 2009

La cuisine asiatique ne doit pas nous faire peur. J’ai tenté hier quelque chose. D’abord j’avais un ancien poulet rôti dont la carcasse une fois grattée à l’os fut enfouie dans un litre et demi d’eau parmi quelques carottes, fenouil, ail, oignon, assaisonnement pour cuire pendant une heure et demie. Tout le blanc que j’avais prélevé était coupé en petits bouts. J’ai fait tremper un peu de vermicelles de riz, trois champignons noirs, et rondellisé une tige de citronnelle fraîche. Une fois filtré, le bouillon fut divisé en une part à congeler et une autre à utiliser immédiatement. J’y ai donc mis mes blancs, ma citronnelle, mes vermicelles et mes champignons et j’ai laissé frémir une demie heure. Avec un peu de coriandre ciselée, une cuillèrée à soupe de sauce de soja, ma soupe était prête. Quitte à y mettre une pointe de piment ou une giclée de nuoc-mam….

 

soupe chinoise

 

Quant aux nems, c’est là que la chose devient amusante. J’ai mélangé à 100 grammes de boeuf haché une poignée de châtaignes qui avaient la veille été cuites à la vapeur, un oeuf, une cuillèrée à soupe de fromage blanc, du sel, du poivre. Aujourd’hui je regrette d’avoir hésité à y mettre du nuoc-mam. J’eusse dû m’y abandonner. J’en ai farci les galettes et les ai faites frire comme d’habitude, 3mn de chaque côté dans l’huile, puis repos, puis recuire de même au moment de servir. C’était très bon. Très original… Rien n’aurait dû m’empêcher de mettre aussi un peu de vermicelles et de champignons noirs. J’avais la preuve qu’on peut vraiment innover.

Tombeau pour Raymond Federman

Jeudi 15 octobre 2009

Je me souviens de sa première lecture à Nice, dans mon Jardin Littéraire, sous les oliviers. Il avait choisi ce passage où il partage la trompette d’un grand jazzman et quand il le lisait avec sa voix rocailleuse, sa gueule de bourlingueur qu’il fut, je pensais bien sûr à Blaise Cendrars. Mais RF n’invente pas sa vie, ne la magnifie pas  : ce ne sont ni les volées de cloches de Pâques, ni le roulement poétique du Transsibérien. Quand on a vécu l’arrachement de ses parents caché dans un placard à Paris, puis qu’on a erré avec une petite cousine toute aussi abandonnée mais sauvée avant de s’embarquer pour une Amérique où rien de nous attend si ce n’est ce que nous allons vouloir construire, exactement comme les pionniers d’antan, mais sans la religiosité, quand on a réussi à fonder une famille, à enseigner la littérature, à écrire et finalement à être reconnu en France, j’allais dire « enfin en France » pour boucler la boucle, pour ouvrir une dernière fois et refermer pour toujours le placard, le tombeau de son enfance. Une porte qui pour sembler être celle de la délivrance l’a enfermé définitivement dans le ghetto de la liberté : cette césure lui interdit de rejoindre ceux qu’il aime et qu’on va assassiner. Pourtant, quelle gouaille, quelle finesse, quelle lumière joyeuse, impertinente, coquine dans son regard. C’est tout cela qu’il va falloir recomposer en lisant par exemple :

La Voix dans le débarras / The Voice in the closet, Les Impressions nouvelles, 2002 ; The Voice in the Closet / La voix dans le débarras (1979) (édition bilingue chez Impressions Nouvelles).

La Fourrure de ma tante Rachel, 2009, Léo Scheer

 

en allant sur le Net, par exemple l’article de Wikipedia, ou les sites

 

tombeaux

Vendredi 9 octobre 2009

Ils ne se rejoindront pas dans l’espace sidéral qui les accueille, et n’ont peut-être en commun que ce fameux mois d’octobre 2009, célèbre pour son été indien, c’est à dire qu’on y situera le premier mois de la nouvelle ère climatique à partir de laquelle la température du globe s’échauffera vraiment. Ils s’appellent Raymond Federman, Michel Flayeux (Prix Malrieu 1987), Jean-Max Tixier. Les deux derniers n’ont peut-être jamais lu le premier, qui vit  à Buffalo (N-Y), qui ne les connaît pas davantage car ce sont des poètes du Sud de la France. JMT, ancien secrétaire de l’Union des écrivains, membre de la revue Sud, universitaire,Grand Prix littéraire de Provence, a ouvert les yeux, on lui a remis le prix Mallarmé pour son dernier recueil publié par Tipaza à Cannes, et il les a refermés pour toujours. MF, malade depuis quelques mois, avait courageusement écrit, publié, diffusé son oeuvre poétique et romanesque, et dirigé les éditions Telo Martius à La Seyne sur Mer.   RF, dont l’oeuvre française et l’oeuvre américaine  décrivent une vie de lutte et d’aventures, malgré son cancer voyageait, donnait des conférences, luttait, ne jouait peut-être plus au golf, soutenait ses livres de sa voix rocailleuse, et devait continuer à faire résonner son rire dans les bibliothèques et pour ceux qu’il aimait. Qu’il aime, car l’amour suspendu par la mort y gagne l’éternité. Tous les trois défendaient la poésie, chacun avec ses emportements et ses maladresses, sa curiosité et son désespoir. Sur leur tombeau on gravera pour la postérité : Poète.