Archive de la catégorie ‘actualité’

Tombeau pour Bruno Mendonça

Vendredi 4 novembre 2011

Sur sa peau il écrivait, voyant il « braillait » ses oeuvres en vue d’une cécité future, il digérait les ombres noires et blanches de ses radiographies, il savait tout de lui, il avait essayé ses douleurs, elles lui incombaient accidentellement pour qu’il les autorise par la pratique d’un art total. Ses bibliothèques avaient l’ampleur d’un continent, elles bravaient la lave des volcans, se confrontaient aux parois de marbre, il y associait des alphabets, des territoires, des cartes, plus rarement des visages au crayon, il y cachait ses propres livres, boites comblées de secrets (passions et souffrances), il les dressait et parfois les offrait comme un igloo salvateur

Mendonça le mentaliste, l’homme des blitz.

Il n’écoute pas son corps, il le commande. Il s’enferme, se fait ligoter, se plombe, le corps contraint, martyrisé, tente une résistance en s’alliant aux éléments, à la machine qui soudain le trahit et le blesse. De sa sagesse il  fait une révolte et de sa révolte une puissance dont il se sert pour surgir plus ambitieux, pour se rapprocher de l’excellence, pour relever de nouveaux challenges. Il nie la peur, il nie l’impossible, il nie la prudence, il nie tout ce qui n’est pas défi et il nous défie de le suivre.

Ni boomerang ni palindrome, nous n’allons qu’en un seul sens, seule la percussion d’un ciel, d’un océan peut produire un écho à ce que nous fûmes.

 

Véronique Champollion rencontre la Femme des petites provinces

Mardi 30 mars 2010

Et elle en fait un livret, comme une sorte d’opéra pictural avec son art du réemploi des images, de la surimpression des thèmes, du jeu des transparences où on voit une foule à travers les vitres d’un tram ou d’un métro, puis le paysage urbain depuis la table d’un café, le banc d’une salle des pas-perdus,un couloir de métro. L’artiste et l’écrivain se rencontrent spirituellement et fortuitement dans une petite ville qui pour l’une n’est que le lieu de départ d’une fiction et pour l’autre la source d’un imaginaire qui s’accomplit aujourd’hui. L’expo est à la Médiathèque d’Antibes. Une page

Courage !

Mardi 17 novembre 2009

Une lame de pâte (F100+B50+S1) où on dépose des tranches fines de pomme dorées dans S+Rhum à la poêle. On verse dans ladite P du S et du B, un peu de sel (ou B salé) et on mène au caramel mou qu’on verse sur la tarte avant de l’enfourner 15mn.

Alors quand on revient désolé de la conférence sur l’autoportrait au Musée Chagall, où l’intervenant et l’organisatrice, maîtres de conférences à l’Université de Nice, ont récité des banalités, et même des inepties, se montrant incapables de répondre à une question sur une citation d’Alain qu’ils avaient affichée !!!! ma voisine, artiste, bouillait à mes côtés, nous baillions de concert dans la belle salle bleue où j’avais écouté Rostro assise aux côtés du Maître car on avait rajouté deux chaises, tant il y avait de monde. Les projections, parties de Bonnard (la spécialité du conférencier) parcouraient l’Histoire, jusqu’à un autoportrait de Félix Nussbaum (voir http://pagesperso-orange.fr/d-d.natanson/art_et_camps.htm#persecution),  ravivaient des souvenirs. Toujours les beaux Dürer, les Rembrandt dont la récurrence précède Boltanski, Frida, et même la mauvaise peinture de Baselitz…

Heureusement qu’il y avait l’amitié des PLP à la sortie.

Les futures conférences du lundi, on les commente en dégustant la tarte aux pommes encore chaude.

Estoquades de Remy Leboissetier et Y.A. Gil

Lundi 16 novembre 2009

C’est un petit livre assorti de gravures surréalistes, d’un texte sur le caprice, et d’un long poeme. Il dit par exemple : seul l’artiste est à même de mesurer l’inconséquence de ses actes, puisqu’en lui demeure l’âme d’un irrégulier ». Et irrégulier, Remy Leboissetier l’est depuis longtemps, ce qui est admirable : il  a réussi à résister aux diktats de l’academie normative. Ce n’est pas non plus un aigri du refus d’édition. Peut-être un libéral type américain ? On se prend en charge. On s’auto-édite. On se bat avec ses moignons en les chaussant de gants de boxe comme des poings ultimes. On ne fait pas semblant de s’auto-promouvoir en inventant une petite maison d’édition qui publie les copains.

un avant goût ?

 

Fourmiller d’or virtuose de la spéculation

Le grand Tamanoir de la City Bank

se moque bien du myrmidon des rues

………

Si vous êtes mort tapez 2

Tombeau pour CLS

Mercredi 4 novembre 2009

Avec lui dans la tombe un pan de l’humanité. La méthode ne suffit pas, ni le livre, ni l’image. Tout ce qu’il a pu écrire et transmettre entre dans la pure légende avec la disparition de son regard. L’oeuvre prend le pas sur la vie. Encore quelques années (trente ans) et ce ne sera plus son oeuvre mais quelque chose de commun, de malléable, de transformable, de relégable, d’exhumable…Déjà il en est qui s’informent, qui fichent : que faisait-il en 68 ? que disait-il lors des grands mouvements politiques ? On les voit sortir leur calculette : finalement pas si important, pas si grand, pas si universel…Surtout plus un Indien pour ritualiser l’événement, alors que ses cent ans ont accompagné comme sur un chemin de halage, la lente dissolution de ces civilisations enfouies.

Tombeau pour Raymond Federman

Jeudi 15 octobre 2009

Je me souviens de sa première lecture à Nice, dans mon Jardin Littéraire, sous les oliviers. Il avait choisi ce passage où il partage la trompette d’un grand jazzman et quand il le lisait avec sa voix rocailleuse, sa gueule de bourlingueur qu’il fut, je pensais bien sûr à Blaise Cendrars. Mais RF n’invente pas sa vie, ne la magnifie pas  : ce ne sont ni les volées de cloches de Pâques, ni le roulement poétique du Transsibérien. Quand on a vécu l’arrachement de ses parents caché dans un placard à Paris, puis qu’on a erré avec une petite cousine toute aussi abandonnée mais sauvée avant de s’embarquer pour une Amérique où rien de nous attend si ce n’est ce que nous allons vouloir construire, exactement comme les pionniers d’antan, mais sans la religiosité, quand on a réussi à fonder une famille, à enseigner la littérature, à écrire et finalement à être reconnu en France, j’allais dire « enfin en France » pour boucler la boucle, pour ouvrir une dernière fois et refermer pour toujours le placard, le tombeau de son enfance. Une porte qui pour sembler être celle de la délivrance l’a enfermé définitivement dans le ghetto de la liberté : cette césure lui interdit de rejoindre ceux qu’il aime et qu’on va assassiner. Pourtant, quelle gouaille, quelle finesse, quelle lumière joyeuse, impertinente, coquine dans son regard. C’est tout cela qu’il va falloir recomposer en lisant par exemple :

La Voix dans le débarras / The Voice in the closet, Les Impressions nouvelles, 2002 ; The Voice in the Closet / La voix dans le débarras (1979) (édition bilingue chez Impressions Nouvelles).

La Fourrure de ma tante Rachel, 2009, Léo Scheer

 

en allant sur le Net, par exemple l’article de Wikipedia, ou les sites

 

tombeaux

Vendredi 9 octobre 2009

Ils ne se rejoindront pas dans l’espace sidéral qui les accueille, et n’ont peut-être en commun que ce fameux mois d’octobre 2009, célèbre pour son été indien, c’est à dire qu’on y situera le premier mois de la nouvelle ère climatique à partir de laquelle la température du globe s’échauffera vraiment. Ils s’appellent Raymond Federman, Michel Flayeux (Prix Malrieu 1987), Jean-Max Tixier. Les deux derniers n’ont peut-être jamais lu le premier, qui vit  à Buffalo (N-Y), qui ne les connaît pas davantage car ce sont des poètes du Sud de la France. JMT, ancien secrétaire de l’Union des écrivains, membre de la revue Sud, universitaire,Grand Prix littéraire de Provence, a ouvert les yeux, on lui a remis le prix Mallarmé pour son dernier recueil publié par Tipaza à Cannes, et il les a refermés pour toujours. MF, malade depuis quelques mois, avait courageusement écrit, publié, diffusé son oeuvre poétique et romanesque, et dirigé les éditions Telo Martius à La Seyne sur Mer.   RF, dont l’oeuvre française et l’oeuvre américaine  décrivent une vie de lutte et d’aventures, malgré son cancer voyageait, donnait des conférences, luttait, ne jouait peut-être plus au golf, soutenait ses livres de sa voix rocailleuse, et devait continuer à faire résonner son rire dans les bibliothèques et pour ceux qu’il aimait. Qu’il aime, car l’amour suspendu par la mort y gagne l’éternité. Tous les trois défendaient la poésie, chacun avec ses emportements et ses maladresses, sa curiosité et son désespoir. Sur leur tombeau on gravera pour la postérité : Poète.

De l’étymologie

Vendredi 5 juin 2009

Une fois n’est pas coutume, je vais réagir non pas au débat de la 2 sur l’Europe, mais au commentaire d’un internaute nommé Joseph. Il écrit : C’est un vrai scandale ce débat. C’est une représentation honteuse que nous ont fait les politques. Très agressifs et un langage de chartier sans se douter un instant, qu’il ne traduit pas  sa pensée. En fait il y a deux fautes quand même : le langage auquel, il veut se réferrer est celui de charretier,( les conducteurs de charriots commandaient leurs chevaux et mulet en utilisant toutes sortes d’invectives, et je ne sais pas si quelqu’un de la novgen sait aujourd’hui de quoi il s’agit); en utilisant chartier; moi, il me fait plutôt penser à chartiste   et on imagine avec quelle élégance ce langage sait déployer les richesses de notre langue, même quand il s’emporte ! enfin, on a l’impression parfois de plonger la main dans un charnier dans l’espoir ou dans l’inquiétude d’en exhumer de l’or noir capable de nous transformer, nous et notre langue.

Des bienfaits de la mêlée

Vendredi 2 janvier 2009

Quand on oublie, pis quand on détourne les règles du rugby, on en fait un jeu de barbares. De même lorsqu’on garde par devers soi au lieu de le respecter cet objet dont la forme oblongue échappe aux stratégies et passe librement de main en main, créant à chaque échange plus d’énergie, et si la ruse intelligente qui exerce ses talents bénéficie de moyens techniques dont une seule des équipe possède la clé, alors la partie est faussée on le voit bien et le placage n’est plus destiné à seulement arrêter la course de l’adversaire quelques instants mais à le détruire définitivement. Cette métaphore vous donne une idée de ce qu’est devenu l’ordre mondial  que je me refuse de décrire comme uniquement capitaliste car plus que le système il semble que c’est l’humanité qui a oublié les bienfaits du jeu.
Que 2009 relance donc le match entre les pauvres et les riches, les pauvres mettant à contribution leur imagination et les riches contraints à accepter la trahison des techniques qu’ils ont mises au point pour jouer solitaires. Cependant l’année de tous les dangers est bien celle où l’humanité toute entière mise en ligne, le ballon est remis en jeu d’en face et seuls ceux qui, profitant de la force de leurs coéquipiers, comme soulevés de terre, sauront attraper au vol les chances de la survie, c’est à dire qu’on acceptera le renversement des pôles et même qu’on puisera dans ce danger extrême les ressources, sans doute fossiles elles-mêmes, nécessaires à reconstituer nos forces les plus vives.
Certes, on peut encore formuler des vœux de santé, de prospérité, mais que sont-ils face à la possibilité d’une extinction massive des espèces humaines, animales et végétales ? Comment être sain et sauf dans l’Arche si même le Mont Ararat s’est effondré ? Sur quel océan d’optimisme naviguer ?
Non vraiment, la leçon rugby est essentielle pour nous : toutes les valeurs qui sont à notre portée, les sentiments d’amour et de sympathie, les biens terrestres et spirituels ont vocation à passer librement de celui-ci à celui-là, et l’art et la conviction de l’un d’entre nous permet la sublimation de l’acte par le sacrifice lorsque se jetant à terre il dépose l’objet hors des limites, et la transformation lors du fameux coup de pied  qui suspend le temps, alors qu’il creuse de la pointe   faute d’y pouvoir appliquer la ruse de Christophe Colomb, et fait enfin voler entre les barres l’œuf qu’une foule assoiffée d’émotion propulse de son souffle, sorte de plume soudain si libre de choisir entre mille séquences celle qui lui semble la plus appropriée à l’accomplissement de son destin . Encore une fois, ce qui a été acquis par tant de courage ou de ruse est remis en jeu pour tous et tous en récupèrent les dividendes, oui, même ceux qui y ont apparemment perdu car ce n’est pas victoire des noirs sur les blancs ou l’inverse qui importe mais que le jeu existe, perdure, contribue à la cohésion des hommes au déchainement de leur joie, à l’acceptation de leur sacrifice.
On aura compris que le terrain dont je parle c’est celui de notre planète, et que le seul sacrifice concerne ce qui pourrait entrainer sa perte : mais le moins sera le plus si l’imagination des hommes veut bien prendre la relève de celle du vivant, en  intégrant l’esprit de métamorphose qui procède depuis toujours à l’émancipation des formes micro et macroscopiques non dans le but de les breveter mais de les relâcher dans la nature.
Je vous souhaite à vous que j’aime à tant de titres de voir en 2009 s’épanouir de nouvelles formes d’humanité et de ne tenir à ce qui vous semble indispensable que du bout des doigts en vous émerveillant de voir vous échapper l’objet de vos travaux ou de vos passions: regardez vos mains, elles en sont pailletées d’or pour toujours.

L’ethnologue et le nouveau sauvage

Samedi 29 novembre 2008

L’ethnologue est né il y a cent ans, un jour il a été élu immortel et ça lui a plus tellement qu’il a décidé de prendre ses électeurs au mot, maintenant et peut-être pour toujours il contemple les sauvages du 21ème siècle que nous sommes. Sauvages ? Certes oui, car on ne saurait leur donner le titre de premiers hommes ou de primitifs. Quelqu’un un jour découvrira de quoi était fait leur fameux âge d’or dont parlent leurs légendes, mais des monceaux de livres et de documents que leurs chamans conservent contre toute logique, pas un iota n’est déchiffrable  par leurs nouvelles machines ; rassurons-nous, au cas contraire ce sont les mots qui leur manqueraient, et les traducteurs ne s’y collent pas encore. Si l’Ethnologue, une fois mort, revenait parmi nous lui-même tenant ses propres traités devant ses yeux n’y reconnaitrait rien ; pire, la chose ne saurait être reprise car cette fois ce sont bien les vrais peuples premiers qui, ayant totalement disparu, renverraient les travaux érudits de l’ethologue au banc des légendes mirifiques. Ne verrons-nous pas un jour nos vieux Etats élevés au rang d’Atlantide ?